Oulàlà c’est la grande ligne droite

Tictactictac, le grand départ se rapproche,
dés le milieu de la semaine prochaine nous serons en résidence au Mémô
avec une sortie de résidence prévue le 11 et ensuite on file vers
Furies où nous jouerons notre première le 6 juin au Grand Jard…
Au plaisir de vous croiserDSC00180DSC00183

Jouer avec les animaux

Des animaux au spectacle : il faut cesser de vouloir interdire n’importe quoi !

Aujourd’hui, nous assistons en Europe à une absence de différenciation dans la diversité des pratiques d’emploi d’animaux au spectacle. Des lobbys animaliers, sans faire la différence entre tendres complicités et maltraitance ou non-bientraitance, invitent les pouvoirs publics et les acheteurs de spectacle à proscrire toute présence animale dans les spectacles. Attention, le remède va tuer le malade : un monde où cohabite l’humain et l’animal risque de donner naissance à des mondes séparés : un apartheid.

Sabrina4logoArtiste, je crée avec la complicité des chevaux. Ensemble nous jouons de nos personnalités respectives et chacun peut construire son personnage. Mes partenaires chevaux sont tous dissemblables. Chacun fera ce qu’il a décidé de faire des indications de jeu que je lui donne. Quand nous ne travaillons pas, nos espaces de vie ne sont pas contraints. Nous nous efforçons de construire un quotidien stimulant.Sabrina3logo

Quand nous travaillons, les espaces scéniques dans lesquels nous évoluons nous donnent l’échelle d’expression de nos intentions et sentiments. Nous jouons sur scène, sous chapiteau, dans la rue. Nous ne nous interdisons aucun espace scénique.
Et en plus des chevaux, je crée aussi des complicités de jeux avec des chats. Peut-être demain, je fabriquerai des collusions avec une chèvre, un cochon, des oiseaux – et si j’arrive à m’en faire des amis pourquoi pas avec un dahu, le yéti, une licorne, trois chimères et le marsupilani, emblème d’une impertinence acceptée. Le spectacle de nos libertés en mouvement sera toujours émancipateur et rassurant.DSCF6795_1

Artiste, je suis dans l’obligation de rester libre des tendresses et des complicités que je partage sur scène. Je suis donc libre du choix de mes partenaires, humains ou animaux. Avec des animaux comme collègue de jeu, le temps seul permet la construction des complicités, des consentements et des intimités partagées.
Celui qui – au-delà des sentiments que lui procurent mes spectacles, voudra comprendre la consistance de ces coopérations devra s’immerger dans un monde bicéphale, chimèrique : à têtes humaine et animale, avec le libre arbitre comme règle de dialogue. A bon entendeur !!!
Si vous ne chercher pas à comprendre ces mondes, si vous prêtez vos sentiments à d’autres et particulièrement à ceux qui ne peuvent pas vous contredire, si vous faites parler les morts, les silencieux et les animaux, alors, il n’est pas possible de vous laisser continuer à exclure de la sphère publique la création artistique avec des animaux. Sabrina20logo

Artiste, je suis de celles qui favorisent les surplus d’émotions, contribuent à leurs mesures à renouveler les univers intérieurs et qui peut-être parfois permettent l’avènement de points de vue nouveaux sur le monde. Tous à notre manière, nous parlons du plus intime, du plus intrinsèque : de cet invisible, cet impalpable qui habite le monde.
Je me réjouis des changements qui sont en cours : imaginer une planète qui ne soit pas en perdition, prendre en compte le bien-être des espèces, réapprendre les liens avec le végétal, le relief, le sol, le climat, l’eau et l’animal.
Cependant j’ai peur. J’ai peur d’une violence qui s’installe au nom d’une nature fantasmée et d’un anthropomorphisme qui éloigne l’humain de son environnement. J’ai peur d’un monde sans animaux. Pourtant, je me suis enthousiasmée, au début pour le combat de l214. Je suis devenue végétarienne. Je suis descendue dans la rue pour réclamer un statut autre que « bien meuble » pour ceux qui sont mes compagnons et avec lesquels je vis au quotidien. Puis j’ai fait le lien avec la relation que j’entretiens avec les miens et j’ai compris que j’hurlais avec la cohorte, qu’il manquait à ma réflexion l’expression de ma démarche créative, sentimentale et attentionnée avec mes partenaires chevaux.
Et puis est venue la charge contre “les animaux au cirque” : elle était logique – qui peut rester insensible face à des images insoutenables et habilement montées, de singes fouettés, de tigres électrocutés, de chats jetés sur les murs.
Et puis je me suis tournée vers les fenêtres des réseaux sociaux. J’ai lu une prose, très souvent relayée et peu souvent personnelle, qui dans le même élan condamne, exclut et excommunie ceux qui acceptent de faire souffrir les animaux, les déviants, les étrangers, les criminels et les cirques – tous dans la même barque. La proximité de cette prose avec les thèses complotistes a fini de me convaincre d’une anomalie : n’y a-t-il pas à la genèse de ces inspirations compassionnelles une misanthropie, un dégout des humains, une absence de confiance dans l’humanité, une noirceur des âmes et une résignation ?

J’ai lu aussi dans cette prose une doctrine faiblement argumentée : l’idée que l’animal est innocent et incapable d’influer sur son destin. Faute d’avoir été témoin de l’origine du monde, je ne tiens pas l’innocence initiale des êtres pour argent comptant : ni la mienne ni celles de mes compagnons. Pour la maîtrise des destins, disons plutôt sur la capacité à faire des choix, l’animal comme l’humain sont contraints par leurs environnements, alors, j’ai construit – et je ne suis pas la seule, un environnement pour que les contraintes qui pèsent sur moi et mes partenaires de jeux soient génératrices de créativité sans souffrance.

Mais revenons à nos animaux au spectacle. Je travaille au quotidien avec 6 chats – dont un chat sauvage qui a décidé de son plein gré de rejoindre cette utopie féline qu’est le troupeau de chats et 14 chevaux, de 6 mois à 25 ans et dont les plus âgés sont des chevaux rescapés de l’abattoir ou de l’incompréhension humaine. Quand je dis « travailler », j’insinue – puisque c’est mon métier d’artiste : préparer des jeux qui seront rendus publics, combiner des représentations inspirantes du monde, canaliser nos cabotinages, améliorer nos parades, élaborer nos spectacles… autant de mots communs à l’exercice de la liberté humaine et animale qui ici se conjuguent. Je n’ai pas peur d’un monde avec des animaux partenaires de conquêtes de liberté.Sabrina10logo

Mon observation et mon expérience personnelle m’apprennent que les chevaux et même les chats aiment être sur scène. Certains restent surpris par les réactions du public, certains sont timides, d’autres se complaisent. Mais j’ai assisté à des situations dans lesquelles les poulains arrivaient à se détacher pour venir se montrer sur scène – même si cela leur demande des trésors d’ingéniosité pour entrer sur la piste. Ces moments sont magiques.
D’expérience je sais que les animaux – dans leurs latitudes et longitudes de confort, trouvent sans difficulté des équilibres bienfaisants en vivant au sein des sociétés humaines : pour autant que puisse s’exprimer leurs besoins de liberté, d’échanges, de sécurité et de jeux.grainerie

A contrario, dans l’atmosphère délétère de dénonciation, d’appel à la haine, de pensée manichéennes, j’ai peur des stratégies qui montrent du doigt, qui dénoncent, qui excluent. J’ai peur d’un monde où vivraient complètement séparés les humains et les animaux. J’ai peur d’une censure sur la liberté de création.
Par contre la peur disparait quand je constate chez les publics de la curiosité bienséante, l’absence de présupposé, des dispositions à ressentir les intentions les plus profondes et authentiques, l’émerveillement au contact des tendresses partagées avec mes compagnons – et plus que tout, le réconfort de constater nos libertés conjugées, dans un monde où les assignations nous dévorent.

Sabrina Sow
Compagnie Equinoctis
Membre du Syndicat des Compagnies et Cirque de Création
www.equinoctis.com

Le 26 mars 2018

Résidence Cheptel Aleïkoum

Waouw, c’est dans deux jours qu’on part et qu’on arrive pour cette deuxième résidence de l’année.
En gros la dernière ligne droite vers notre première à Furies le 6 juin prochain…
Même les chevaux sont sur les starting-bloc…IMG_1307
Et pour ceux qui s’intéresse aux problèmes de société un petit article que j’ai écrit sur la joie et la difficulté de travailler avec des animaux
Jouer avec les animaux

Dresse-toi

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Dans « Dresse-toi » nous interrogeons le public sur les concepts d’hyper hiérarchisation et de minorisation.
Dans la métaphore des trois transformation de Nietzsche, nous sommes à cette période charnière où le chameau qui disait “je dois” se change en lion qui grogne “je veux”, nous militons pour l’avènement de l’enfant qui dit “je joue”.
Dans ce spectacle en plus de 2 chevaux de traits et 2 chevaux de selle (2 étalons, 1 jument et 1 hongre) sont présents 4 humains : une dresseuse voltigeuse, une fakir-contorsionniste, un danseur acrobate et un comédien performeur.
Organisé en trois mouvements, il traite des minorités par le biais de cette minorité majoritaire qu’est la femme. Il est une poursuite du travail entamé dans “Salopette” (création 2017), il en est la soeur, pensé pour la rue et teinté de cette urgence sécuritaire dont la pression se fait ressentir constamment.

Le premier mouvement aborde la vulnérabilité que nous croyons être une force tandis que notre société la dévalue en faiblesse. Ce sont les chevaux qui nous ont appris cette leçon, à savoir que le lâcher-prise permet un rapport non hiérarchisant, une collaboration, une synérgie.
Le deuxième mouvement évoque la femme par le tabou du sang menstruel, culturellement caché et jugé sale.
Le troisième mouvement s’empare des limites imposées aux femmes par une société patriarcale, des lieux qui leur sont inaccessibles, des métiers interdits.

Contées et dirigées par un Mr loyal séducteur et abusif, les interprètes féminines, sont à la fois victimes et bourreaux, à la fois tendres et violentes, à la fois lisses et rugueuses.
Nos 4 chevaux sont des reflets, des médiateurs, des truchements qui permettent aux personnages d’évoluer.
Dans notre scénographie nous symbolisons l’enfermement, la claustration et la dangerosité de franchir les frontières (littérales ou non) par des clôtures électriques. En fond de scène, notre camion auquel sont attachés les chevaux, présents pendant toute la durée du spectacle. Cette scénographie vivante et aléatoire, montre des êtres qui font fi du regard. Nous mettons en exerge les oppositions par des contrastes de couleurs et de lumière. La création sonore amène aussi cette part d’animalité. En effet, Tatiana va travailler à partir de texture sonores capturées auprès des chevaux, dans leur habitat naturel : sons de mastication, bruits de sabots, bruits organiques, chuintements du vent dans les herbes…
C’est un spectacle qui remet en question quelques tabous sociétaux, où Yann Ecauvre nous fait l’amitié de nous guider dans l’ouvrage par son regard bienveillant.

2018 l’année de « Dresse-toi »

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Le début de l’année sera marqué par ces quelques jours à Saint-Agil (lieu du Cheptel Aleïkoum) qui nous aurons permis d’avoir pleins d’idées et d’organiser les résidence à venir:
– en février chez nous
– en mars à Saint-Agil dans le chapiteau du Cheptel
– en avril (re) chez nous
– en mai à Maxéville chez Michto
– en juin à Châlons-en-Champagne à Furies en amont du festival FuriesDSC01072DSC01074

Un vieux texte que j’aime toujours autant… (merci à Laurence Bougault pour la correction)

On raconte qu’à l’aube des temps, les humains possédaient quatre jambes, quatre bras et deux sexes.
On raconte que provoquant le courroux des dieux, ils furent châtiés de la plus horrible façon, leurs corps furent coupés en deux et jetés de part et d’autre de l’horizon.
On raconte encore que l’amour, n’est que cette quête éperdue de cette moitié nécessaire.

Quelle foutaise, regardez-moi (se dépréciant), je suis parfait, de la tête à la queue, je possède la grâce des nuages, l’éclat des étoiles et la vigueur du vent.
Je suis digne d’amour (il n’y croit pas), je suis l’amour…
Étincelant reflet de vos désirs inconscients, j’arpente les terres de votre mémoire tel un souffle chimérique. Et je n’ai nul besoin d’approbation, je me gausse de vos diktats, je suis l’alpha et l’oméga. Je suis l’étalon ultime.IMG_9247
J’entends des gloussements, ah vous vous moquez, petites poussières d’étoiles disséminées dans le vide, électrons libres en rupture de spin, âme sœur en recherche d’un frère. Ce rire n’est que l’aveu de votre défaite dans cette quête perdue d’avance, finalement, le miroir de votre âme vous échappera toujours, les bras tendus dans le vide en attente d’un enlacement hypothétique, vous vous épuiserez sans doute, jusqu’à ce que vos os redevenus poussières se fondent à nouveau dans le grand tout.
Moi, moi j’ai accepté mon exception, ma solitude, ma rareté, je suis unique… Je vis dans un temps qui vous est inaccessible, un instant éternel. Je n’ai pas besoin de futur car je me suis trouvé, je n’ai nul désir, nul projet, je me contente d’être, éclairant par ma superbe vos pâles vies d’insectes fouisseurs, grattant de leurs ongles sales un substrat d’émotions banales, je me suis élevé au dessus de la fange, tel un astre omnipotent, je vous aveugle sans doute de ma perfection.
Je n’ai nul passé car mon dialogue interne se poursuit depuis l’aube des temps, qu’importe le souvenir quand on porte en son ventre l’éternité faite une. Je suis le temps, je ne change pas, je ne vieillis pas, je ne meurs pas, je suis l’immobile, le parfait, le froid, la mort…
Vous ne riez plus à présent, pire vous froncez les sourcils, je suis désolée, je ne voulais pas vous blesser, je suis désolée…
J’oublie parfois votre fragilité, je suis parfois si éloignée du monde, que je vous dessine à l’aune de mon être. Que je suis distraite et maladroite, je perds l’habitude… J’aurais pu engendrer un monde, je crois, je porte en moi des éons d’aria et des nuées d’illusions, j’aurais pu être une bonne mère… Je vous aurais tenu dans mes bras, nid d’intimité, je vous aurais bercé dans mon ventre tenu au secret et à l’abri des douleurs, des froids et des terreurs. Je vous aurais nourris du miel de ma chair, du lait de mes regards, je vous aurais élevés jusqu’au sommet de mon être et tout insignifiant que vous êtes, vous seriez devenus mes égaux, j’aurais peuplé l’univers de géants.
Vous me touchez dans votre faiblesse, vous faites vibrez en moi cette corde sensible, qui fait fondre mon âme et se lover mon cœur.
Je semble parfois inaccessible mais je vous vois, je vous sens, vous tremblez ? Est-ce de désarroi, est-ce d’adoration ? Je vous fascine, n’est-ce pas…
Mais n’ayez crainte, je suis indulgente, j’ai conscience de ma perfection, j’ai conscience de ma grandeur, je ne souhaite pas vous faire de l’ombre, je veux vous éclairer au contraire.
Non, ne vous prosternez pas, restez droits petits hommes, votre verticalité n’est en aucun cas une injure à ma perfection, je vous accepte petits bipèdes bondissants, vous m’amusez dans votre appétit de vitesse et d’efficacité, vous me distrayez par vos efforts, votre quête éperdue de l’autre, votre frénésie de vie, vos joies, vos plaisirs sont si simples et si complexes à la fois.
Parfois, de ma tour d’ivoire, je vous envie, vous semblez tellement pleins d’appétits de désirs, vos vies sont brèves comme des feux de joies, mais elles pétillent de la plus charmante façon. Je ne suis pas sûre de la leçon, suis-je l’acteur ou le public ?
Avez-vous été créés pour égayer mon quotidien ou suis-je là pour vous servir de modèle ?
Êtes-vous le cauchemar ou suis-je le phantasme ?
Sabrina Sow

Pfffiou… les spectacles se succèdent et ne se ressemblent pas…

Après une riche semaine au Festival Pouet X du Cheptel Aleikoum et une participation surprise au cabaret X, nous préparons activement le spectacle de dimanche 24 pour la fête de la voie verte à CormatinDSC00333
Ainsi que notre spectacle d’ouverture du festival : Tango, Swing et Bretelles à Montceau-les-Mines.

Cela nous fera très plaisir de vous voir lors de l’une ou l’autre (ou les deux) de ces occasions